Phonegate : 9 telephones sur 10 depassent les normes legales d'ondes

Christophe Van Engelen
December 5, 2025
Depuis 2016, le Dr Marc Arazi révèle que les fabricants trichent sur les mesures d'ondes. 66 modèles non conformes, des millions d'utilisateurs exposés, et une Commission européenne qui a fini par reconnaître le problème.
Un lanceur d'alerte face à l'industrie du mobile
En juin 2016, le Dr Marc Arazi, médecin et président de l'association Phonegate Alert, obtient de l'Agence nationale des fréquences (ANFR) la publication de données que l'agence gardait secrètes depuis des années. Ces données montrent que la grande majorité des téléphones portables vendus en France dépassent les normes légales d'exposition aux ondes électromagnétiques lorsqu'ils sont testés au contact du corps.
Le problème est simple à comprendre. Le DAS (Débit d'Absorption Spécifique) mesure la quantité d'énergie électromagnétique absorbée par le corps humain. La limite réglementaire en Europe est fixée à 2 W/kg. Mais les fabricants testent leurs appareils à une distance de 5 à 25 millimètres du corps, alors que les utilisateurs portent leur téléphone dans leur poche ou contre leur oreille, c'est-à-dire à zéro millimètre.
La différence est considérable. Un téléphone qui affiche un DAS de 1,5 W/kg à 5 mm peut dépasser 7 W/kg au contact, soit 3,5 fois la norme légale. C'est comme si un constructeur automobile testait ses freins à 30 km/h et déclarait la voiture conforme pour rouler à 130 km/h.
66 modèles non conformes : la liste noire
Les tests de l'ANFR, réalisés entre 2012 et 2024, ont identifié 66 modèles de smartphones dépassant la norme de 2 W/kg au contact du corps. Parmi les marques épinglées, on retrouve des noms familiers : Samsung, Apple, Huawei, Xiaomi, Motorola, Nokia, OnePlus.
En 2018, l'ANFR a ordonné le retrait du marché ou la mise à jour logicielle de plusieurs modèles. Mais ces mesures ont concerné une infime fraction des appareils en circulation. Des millions de téléphones non conformes continuent d'être utilisés quotidiennement par des consommateurs qui ignorent tout du problème.
La liste complète des modèles non conformes est disponible sur le site de l'association Phonegate Alert. Mais l'ANFR, elle, refuse toujours de publier l'intégralité de ses données de test, invoquant la protection du secret industriel.
Quels risques pour la santé ?
La question des effets sanitaires des ondes électromagnétiques reste débattue dans la communauté scientifique, mais les signaux d'alerte s'accumulent. En 2011, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), agence de l'OMS, a classé les champs électromagnétiques de radiofréquence comme « possiblement cancérogènes pour l'homme » (groupe 2B).
L'étude NTP (National Toxicology Program), publiée en 2018 par le gouvernement américain, a démontré un lien entre l'exposition aux radiofréquences et le développement de tumeurs cardiaques et cérébrales chez le rat. L'étude Ramazzini (Italie, 2018) a confirmé ces résultats avec des niveaux d'exposition plus faibles.
Au-delà du risque cancérogène, plusieurs études épidémiologiques suggèrent des effets sur la fertilité masculine (diminution de la mobilité des spermatozoïdes), sur le sommeil et sur le développement cognitif des enfants. L'Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) a d'ailleurs recommandé en 2016 de limiter l'exposition des enfants.
La Commission européenne reconnaît enfin le problème
Après des années de déni, la Commission européenne a franchi un pas décisif en 2025. Le comité scientifique SCHEER (Scientific Committee on Health, Environmental and Emerging Risks) a recommandé une révision du protocole de mesure du DAS pour que les tests soient réalisés au contact du corps, et non à distance.
Cette recommandation, si elle est suivie par une directive européenne, obligerait les fabricants à reconcevoir leurs appareils ou à les retirer du marché. Elle valide la position défendue par le Dr Arazi et l'association Phonegate Alert depuis près de dix ans.
Mais une recommandation n'est pas une obligation. La Commission doit désormais la transposer en réglementation contraignante, et l'industrie du mobile, qui pèse plus de 500 milliards d'euros en Europe, fera tout pour freiner ce processus.
Comment vérifier le DAS de votre téléphone
En attendant une réforme réglementaire, chaque utilisateur peut prendre des précautions. Pour connaître le DAS de votre téléphone, composez *#07# sur votre clavier. La plupart des smartphones afficheront les valeurs de DAS tête et corps. Si la valeur « corps » dépasse 2 W/kg, votre téléphone est non conforme au contact.
Quelques règles simples permettent de réduire votre exposition : utiliser le haut-parleur ou des écouteurs filaires pour les appels, ne pas porter le téléphone dans une poche près du corps, et éviter les appels dans les zones de mauvaise réception (le téléphone augmente alors sa puissance d'émission).
Agir maintenant
L'action Phonegate sur Wejustice poursuit deux objectifs : obtenir la transparence totale sur les mesures de DAS de tous les modèles commercialisés en France, et obtenir l'indemnisation des utilisateurs qui ont été exposés à des niveaux d'ondes supérieurs aux normes pendant des années.
Les fabricants savaient. Les agences savaient. Les consommateurs, eux, n'ont jamais été informés. Signez l'action Phonegate sur Wejustice pour exiger la vérité et la protection que le droit européen vous garantit.
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